Depuis plusieurs décennies, l’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) fait partie de la panoplie endossée par nos gouvernements successifs. Le ministère de la Culture et celui de l’Éducation Nationale se sont penchés à maintes reprises sur le berceau de ce serpent de mer avec en toile de fond la lutte contre les inégalités face à l’accès à la culture et la promesse d’initier à l’art un plus grand nombre d’élèves. En 2005 a été créé le Haut Conseil de l’EAC et la promesse faite de l’Objectif 100 % EAC voulu par l’actuel Président de la République. Il s’agit de faire bénéficier les élèves de 3 à 18 ans durant leur scolarité d’une éducation artistique « ambitieuse »…. dixit les ministères concernés.

Pour mettre en musique ce plan, le 19 février 2020, trois ministres (Éducation Nationale, Enseignement Supérieur, Culture) ont signé une convention portant création de l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle (INSEAC). Intégrée au CNAM (Centre National des Arts et Métiers) ce nouvel institut aura pour objectif « de structurer la formation initiale et continue, ainsi que la recherche dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle sur l’ensemble du territoire ». Un partenariat avec le département des Côtes d’Armor permettra l’installation de cette nouvelle structure dans les locaux de l’ancienne prison de Guingamp.

Qui pourra bénéficier des formations dispensées par cet institut ? On nous dit qu’à la rentrée 2021, la première promotion accueillera des étudiants, des enseignants, des médiateurs culturels, des animateurs sociaux-éducatifs, des élus locaux… et des artistes. Pour quelle formation, dans quelles disciplines ? Rien n’a encore été évoqué. On évoque une formation certifiante. Et sans doute un diplôme. 

 

Mais face à ces nouveaux diplômés, quelle place pour les enseignants en discipline artistiques ? Qu’adviendra-t-il des options telles que l’option théâtre, déjà malmenée dans la nouvelle formule du bac ?

Et surtout, qu’adviendra-t-il des équipes artistiques qui œuvrent dans les établissements scolaires dans le cadre de projets pédagogiques artistiques ou dans le cadre d’activités connexes liées à la production d’un spectacle ? La place des artistes est essentielle dans l’ensemble de ces processus d’éducation artistique et culturelle. Ceux qui interviennent auprès des élèves ont le souci du partage et ont à cœur de faire découvrir leur travail. Par le passé le SYNAVI a montré son opposition à la mise en place d’un diplôme d’artiste intervenant. Faisons confiance aux artistes dans les leurs compétences et capacités à partager avec la jeunesse et à impliquer cette jeunesse dans une matière sensible. Les équipes présentes sur le terrain ont acquis une expérience et sont reconnues par leurs partenaires, établissements scolaires, enseignants, pour leur capacité à développer des projets artistiques. L’enjeu n’est pas de normaliser l’éducation artistique. Il est d’ouvrir l’Éducation Nationale à la matière artistique.

Quant au financement du nouveau dispositif, jusqu’à maintenant, il n’a pas été évoqué par les autorités de tutelle. Ni pour le nouvel Institut, ni pour les projets 100 % EAC qui suivront. On nous parle de villes pilotes qui auront un label EAC. Elles serviront de villes test. Cela nous rappelle la mise en place du Pass Culture et le test à l’échelle de certains départements. Nouveau dispositif, même peine ? Souhaitons que de vrais moyens soient mis en place pour l’EAC et que l’on ne se contente pas de déplacer des moyens existants. Ne faisons pas du neuf avec du vieux… Le SYNAVI continuera dans les semaines qui viennent à suivre attentivement ce dossier et fera des propositions quant à la défense des équipes travaillant sur le terrain auprès des établissements scolaires.