Etat

Télécharger la contribution publique du SYNAVI, après discussion et validation en Assemblées Générales décentralisées 2016.

Depuis plus de trente ans, les compagnies et équipes artistiques indépendantes ont pris une place essentielle dans le paysage des arts vivants en France. Prises dans leur ensemble, elles représentent dans notre pays, la plus grande diversité de l’initiative artistique, et offrent la chance d’un renouvellement continu des formes artistiques. Elles ne peuvent plus être considérées comme un vivier nécessaire à partir duquel faire émerger et sélectionner quelques parcours dits « d’excellence ». Elles doivent être reconnues dans leur capacité autonome à exister, c’est-à-dire à expérimenter et produire des œuvres, à négocier leur diffusion avec des scènes labellisées, à infuser sur des territoires, à inventer d’autres rapports entre l’art et la communauté, et à mutualiser entre elles, compagnies expérimentées et « jeunes compagnies », des outils de création et de transmission. Mais leur part dans les budgets des politiques culturelles des collectivités publiques reste sous-évaluée par rapport à celle des lieux labellisés et maintient le plus grand nombre dans une dépendance et précarité économique qui nuisent au développement de la création et de la liberté d’expression artistique.

Depuis des années on le répète, les compagnies de création sont en danger. Aujourd’hui, celles qui résistent encore se retrouvent en état de survie. Certes on reconnaît en elles l'impulsion, la prise de risque, l'invention et le réel outil de la création : printemps après printemps, la LCAP n’en finit plus d’éclore, mais on peine à y trouver le mot «artiste». Quant à «compagnie indépendante» : ignoré !

Voici que décrets, circulaires et arrêtés paraissent. Tous ces textes régissent la relation de l’État avec les acteurs du spectacle vivant : institutions, structures indépendantes, lieux, compagnies de création. Ils fixent des cadres, des objectifs et des cahiers des charges, les missions de service publics des labels (CDN, CCN, PNC ET CNAREP, chacun son arrêté) et les différents dispositifs de soutien à la création. A ce stade rien d’anormal, l’État et les services sont à leur place et fixent le cadre d’une politique publique pour le spectacle vivant. Et les compagnies et autres structures indépendantes de soutien à la création ? En installant un nouvel intermédiaire, le producteur délégué, dans les dispositifs d’aide à la création, jusque-là accessible aux seules compagnies, en destinant les subventions des résidences d’artistes, non plus à la compagnie, mais au lieu d’accueil, à une institutions déjà subventionnée pour co-produire et accueillir en résidence, à un producteur privé, y compris une société commerciale, l’État change de paradigme, déresponsabilise et aliène les compagnies.