Mis en ligne le 26 mai 2010
par
Rappel
Le mardi 10 juin dernier, à l’initiative du conseil régional s’est tenu une réunion ayant pour
objet les premières dispositions concernant les « voix publiques » à mettre en oeuvre dans les
mois à venir. Étaient présentes les principales organisations patronales du secteur des arts
vivants. (Syndeac et Synavi).
D’emblée, Monsieur Rémy Sueur, Directeur Général Adjoint des Services du Conseil
Régional dissipait tout équivoque quant au respect par la Région des engagements pris à
l’occasion des « voix publiques » et à sa volonté de poursuivre le processus engagé. Il invitait
les organisations à faire connaître, dans un bref délai, leur positionnement respectif par
rapport aux premières mesures projetées : les relais culturels, les contrats d’objectifs et le
site internet interactif.
Pour ce qui concerne le Synavi, rappelons que notre organisation a apporté un soutien de
tous les instants à l’opération « voix publiques ». Ce soutien ne fut pas accordé sans
conditions. Pour ne pas nous contenter de vagues promesses, nous avions sollicité et obtenu
que premièrement, les mesures s’organisent dans un ensemble cohérent et fassent l’objet
d’évaluations financières précises, que deuxièmement, elles fassent impérativement l’objet
d’un échéancier. Pourquoi cet impératif ? En effet le temps nous est compté ; chacun sait que
les conseils régionaux seront renouvelés en 2010, par conséquent si une politique nouvelle
peut être impulsée ; elle ne peut l’être que dans un bref délai.
Rappelons que les « voix publiques », ce fut entre octobre et décembre 2007, la concertation
en 4 journées de quelques 300 acteurs culturels de la Région. Au terme de cette consultation
à bien des égards exemplaires, le Conseil Régional a pu proposer un catalogue d’une dizaine
de mesures donnant un nouveau contour à la politique culturelle de la Région :
1.Création de Relais Culturels Régionaux
2. Caen capitale culturelle régionale.
3. Une aide spécifique à la diffusion de la création régionale dans tous les domaines
artistiques.
4. Un site internet interactif
5. Des événements spéciaux mettant en valeur l’offre culturelle régionale.
6. Développement de contrats d’objectifs et de moyens partagés.
7. Aide à la professionnalisation du secteur artistique et culturel.
8. Le 1% Haute Qualité Culturelle (HQC)
9. Une meilleure intégration de l’art et de la culture dans les lycées et CFA.
10. Une réflexion sur l’organisation des festivals sur le territoire.
En termes d’échéance, dès cette rentrée nous devions voir la mise en ligne d’un site internet,
l’ouverture de deux relais culturels régionaux par département, la signature des premiers
« contrats d’objectifs partagés » et dès janvier l’élaboration d’un calendrier d’événements
spéciaux.
La réunion du 10 juin dernier permettait donc de voir les principales organisations
syndicales, à nouveau associées au processus (elles avaient été consulté à l’origine du
processus. Le Synavi, pour sa part y souscrivant vivement. Nous sommes donc, à ce jour ( 6
septembre 2008) de faire le point sur l’état des travaux et confirmer notre vision propre des
mesures proposées. À notre connaissance, il n’y a convergence de notre positionnement avec
ce que nous pouvons connaître de la réflexion engagée par le Syndeac. Il est vrai que les
entretiens de Valois conduits sous les auspices de Madame le Ministre de la Culture, ont eu
comme bénéfices secondaires non négligeables de rapprocher étroitement les points de vue
des organisations syndicales.
Un nouvel équilibre et une nouvelle orientation de la politique culturelle de la Région paraît
possible, à condition que les capacités de réflexion et d’innovation (et les disponibilités
financières) ne soient pas « confisquées » au seul profit d’une institution en crise permanente
dont il paraît interdit d’interroger les causes.
Le paysage culturel a changé. Les compagnies indépendantes se sont développées sur tout le
territoire et ce, dans toutes les disciplines. En cela réside la nouvelle donne, c’est en
considération de cet élément nouveau que les politiques culturelles peuvent s’infléchir et les
institutions s’y renouveler. Toutes les Régions ont su trouver une stratégie et les termes
d’orientations nouvelles de leur politique culturelle. Avec ses « voix publiques », la Basse-
Normandie a trouvé sa voie propre et les bases d’un renouveau.
1.Les relais culturels régionaux
Toutes premières mesures annoncées. Dès cet automne, devraient naître deux relais par
département (6 au total) . À priori ces lieux relais offriraient un certains nombres de
prestations : résidences (trois par an) accompagnement, monstration, lien avec les
institutions..Etc.
De tels relais ne sont possibles qu’avec un effort financier conséquent. _ Le synavi en avait
approuvé le principe. S’agissait-il d’une strate d’institutions nouvelles ? Syndeac comme
Synavi n’envisageaient pas la création des relais sous un tel angle. Pour être plus précis, le
Syndeac, par la voix de son Vice président national, a rappelé que c’est, sous l’angle des
missions que les lieux-relais pouvaient retenir l’attention.
De son côté, le synavi souhaite leur création dans les mêmes termes : mission avec incitation
à l’innovation, l’expérimentation et la souplesse. Que toutes les disciplines artistiques soient
concernées.
Il existe donc, à notre avis, un large consensus des organisations professionnelles pour définir
une base de travail et cadrer l’appel à candidature.
Plutôt qu’un moule et un formatage uniques, nous pensons que chaque relais doit pouvoir
travailler sur un protocole spécifique et expérimental et sur une durée initiale de trois ans.
Pour éviter la surcharge d’une strate supplémentaire, les nouveaux lieux peuvent s’appuyer
sur des équipes artistiques existantes ou des équipements en voie de création.
Il importe que les lieux relais renforcent la capacité de diffusion et de création. Leur cahier de
charges implique donc une capacité réelle d’accueil.
Le lieu-relais implique que les institutions s’y investissent, et par conséquent qu’elles
trouvent une opportunité de développement à travers leur existence. C’est bien, à ses
dernières de configurer au cas par cas, les termes de leur collaboration.
Au final, il s’agit bien, comme nous l’avons souligné d’expérimenter un protocole. Laisser au
processus de création, le dernier mot. Innover et inventer. Ne pas brûler les étapes. Se
satisfaire d’une préfiguration qui tiendrait lieu de période d’essai.
Avec les relais, la Région est à l’initiative. Serait-elle, de ce fait, seule à supporter le coût de
l’opération ? Cela ne paraît ni crédible ni souhaitable et par conséquent tant le financement
que le cahier de charges doivent faire consensus entre différentes tutelles.
Créer un organisme régional permanent de concertation pour rationaliser les interventions de
la puissance publique, tout le monde en est d’accord.
Les syndicats en ont pris l’initiative avec le Comité Régional du Spectacle Vivants et il
ressort des entretiens de Valois que « Créer au niveau régional une structure de
concertation qui harmonisera les politiques culturelles de chaque collectivité
publique ». serait l’une des priorités affichées par le ministère de la Culture.
2. Contrats d’Objectifs partagés
Il paraît difficile d’imaginer des équipes prenant en charge des lieux relais sans qu’elles soient
assurées pour elle-même d’une certaine existence à moyen termes.
Si le contrat d’objectifs peut valider une mise en perspective et configurer pour certain ce que
peut être un cahier de charges par rapport à la prise en compte des obligations d’un lieurelais
; il n’en reste pas moins vrai que fondamentalement les Contrats d’Objectifs sont là
pour valider une action contractuelle entre un artiste et la région quand la nature de l’action
proposée excède en durée un ou deux ans, quand avec la création, s’engage d’autres
processus complémentaires de la création sur un territoire donné ( sensibilisation, formation,
économie solidaire…etc)
Il y a aussi à considérer la continuité et la pertinence d’une démarche et d’un processus dans
la création des oeuvres. En réalité, le dispositif actuel d’aide à la création est devenu obsolète
et ne correspond, sauf pour un débutant , à aucune réalité sérieuse de la pratique artistique
professionnelle.
De ce point de vue les contrats d’objectifs de la Région peuvent constituer un progrès
considérable dans la prise en compte des réalités et du développement du secteur des
compagnies indépendantes.
Il s’agit donc d’organiser une meilleure cohérence et une meilleure lecture de la loi de l’offre
et la demande sur le terrain avec le but de rapprocher les citoyens des oeuvres.
La dimension modeste de la structure ne fait pas obstacle au traitement et à l’inscription de
son action, en termes de service public. Le contrat d’objectif partagé explicite la volonté ide
certaines compagnies d’agir sur le terrain dans un esprit de service public de proximité.
Enfin, nous sortirions d’une gestion « sauvage » et empirique du secteur indépendant.
Les contrats d’objectifs peuvent donc consolider le travail des compagnies et permettre une
meilleure professionnalisation, avec notamment assez de garantie (continuité d’un
subventionnement qui n’est plus dans l’aléas d’une création, reconnaissance d’une certaine
permanence artistique et culturelle et donc de l’utilité de budget de fonctionnement plus
pérenne.
Doit-on pour autant s’inquiéter de rente de situation qui bloquerait à long terme le processus ?
Comment garder en même temps que les contrats d’objectifs une souplesse indispensable ?
Là encore ( comme pour les lieux relais) rien n’interdit que ces « contrats » soient soumis à
l’épreuve de la réalité sur un lapse de temps déterminé. ( qui se mesure là, nous semble-t-il
sur sept , huit ans) avec des rappels réguliers à évaluation et ré-évaluation des objectifs . Ces
rappels ayant de ce fait une vertu précise : celle de bien notifier le protocole de recherche ou
d’expérimentation et l’assujettissement de l’ensemble du processus à la création. Nous
serions-là dans une dimension de travail par trop négligée dans les dispositifs actuels où l’on
s’inquiète beaucoup d’évaluer les propositions et beaucoup moins dévaluer les résultats. Il y
a là, une « mutation » à opérer, pour que la notion même de recherche soit bien identifiée et
encouragée. Nous affirmons par là, que le contrat d’objectifs est bien plus qu’un contrat de
maintenance : faire et refaire telle ou telle chose. Si le contrat inscrit l’acte créatif comme
objectif premier, il est porteur d’un aléas à partir de quoi , la rente de situation n’a pas lieu
d’être.
Le contrat d’objectif devrait pouvoir être triennal à minima , reconductible mais révisable, à
l’instar des Compagnies conventionnées dans le dispositif d’État. Par conséquent le contrat
d’objectif dès le départ devrait être plus où moins long selon justement les objectifs
poursuivis et la nature profonde de la démarche.
Enfin, il nous semble que les objectifs partagés n’ont pas à l’être seulement dans une portée
sociale du projet. Il faut espérer que des compagnies obtiendront quitus par ce même contrat
d’une volonté de recherche artistique originale, dégagée de tout autre préoccupation. Une
sorte de droit à la recherche, par là vivement affirmé et reconnu. C’est un aspect essentiel du
futur contrat d’objectif partagé : l’art doit s’y trouver reconnu dans sa spécificité et sa raison
d’être.
3.Le site internet interactif régional
Il semble que ce dernier objectif soit remis en question, ce que pour notre part, nous
regrettons très vivement. En effet il s’agit, à nos yeux, d’un outil démocratique de
communication qui aurait pu permettre aux 300 participants des « voix publiques » de rester
en prise sur une politique qu’ils ont contribué à élaborer. C’est même l’originalité, l’audace,
le caractère « politiquement » innovant des « voix publiques » que le site eut mis en évidence.
Son abandon ne peut être vécu par les participants que comme une régression. D’autant que
l’outil internet se généralise et se veut d’accès facile. Arguer de son abandon par ce qui serait
un coût prohibitif n’a convaincu personne et entretient un doute sur les causes réelles de cet
abandon. C’est donc bien de l’existence d un outil de démocratie et de transparence dont le
synavi s’inquiète et s’inquiétera.
À l’évidence un tel outil eût valorisé la communication de la Région et eût permis aux
professionnels de rester en inter-face ! Et de battre en brèche cet isolement dont ils se sont
plaints, tout le long des journées de consultation. Retour à la case départ. Le renoncement au
site ressemble à un pas de clerc. C’était, autre évidence le dispositif le plus « politique »,
entendons à l’impact « politique« le plus fort !
Juste après le 1% de Haute Qualité Culturelle qui paraît promis à un bel avenir devant …..le
parlement.
4.Et les autres mesures ?
Nous ne manifestons pas d’impatience, mais il est vrai que depuis Mars dernier le contexte a
quelque peu changé entre la Région et sa Capitale. En conséquence le point 2 des « voix
publiques » Caen Capital Régional devait, nous semble-t-il, se trouver rapidement débloqué.
De fait, le 27 août dernier Philippe Duron , Maire de Caen et Laurent Beauvais nouveau
Président de Région sont parvenus à un accord dont on retiendra quelques termes de leur
communiqué final :
Laurent Beauvais et Philippe Duron ont convenu d’élaborer un partenariat d’ensemble
en faveur de la culture à Caen et dans son agglomération au travers des nombreuses
problématiques communes aux collectivités qu’ils président : BMVR (Bibliothèque
médiathèque à vocation régionale), Pôle d’Art Contemporain, ERBA (Ecole régionale des
Beaux Arts), Théâtre de Caen et la Comédie de Caen… L’avenir de ces institutions doit
être envisagé avec une vision d’ensemble et d’envergure régionale, à même d’assurer
un rayonnement pour toute la Basse-Normandie. Pour ce faire, une mission de
réflexion sera prochainement confiée à une personnalité indépendante qui sera
chargée de proposer un diagnostic et des axes stratégiques qui serviront de base à une
réflexion plus large avec l’ensemble du monde de la culture.
La nomination d’une personnalité indépendante, comme la promesse de voir l’ensemble du
monde de la culture associé à la réflexion, sont pour nous des signes de bon augure et le
Synavi accueillera avec résolution l’invitation qui peut lui être faîte de participer au travail.
On ne saurait conclure sur ce tour d’horizon de rentrée concernant la politique culturelle du
Conseil Régional, sans évoquer l’ombre au tableau ; car malheureusement ombre, il y a.
Elle concerne le point 3 des priorités régionales : Aide spécifique à la diffusion de la
création régionale dans toutes les disciplines.
Là, le compte n’y est pas ! Trois compagnies de théâtre de la Région et non des moindres :
l’Elan Bleu de Cherbourg, Bleu 202 d’Alençon, Actea de Caen ont pu défendre les couleurs
de la Basse-Normandie au festival d’Avignon sans que le Conseil Régional ne trouve
opportun de les aider ! Nous sommes donc très loin de la priorité affichée dans les « voix
publiques ». Il y a, c’est le moins qu’on puisse dire un problème !
Fausse note dommageable, parce que sur d’autres fronts, les dossiers avancent. En particulier,
la septième mesure des voix publiques : Aide à la professionnalisation du secteur
artistique et culturel ( point 7)
Le Synavi réclame la création d’un Centre Régional de Formation (Centre Régional des
Arts Vivants), qui lui paraît à la mesure du problème. La Région propose une charte
« emploi-formation » et le chantier est ouvert. Ainsi, une perspective sérieuse de prise de
conscience de ce qu’est la professionnalisation dans le secteur des arts peut voir le jour.
On ne peut qu’être satisfait de constater qu’au niveau du ministère aussi la
professionnalisation s’affirme comme une priorité mise à jour par les entretiens de Valois.
Depuis sa création, le Synavi n’a cessé d’appeler l’attention des services publics sur les
questions de formation. Cela reste et restera la meilleure réponse possible à la crise de
croissance que connaît le secteur et c’est pourquoi le Synavi n’aura de cesse qu’on étudie
enfin sa proposition de Centre Régional.
Au moment de conclure, il est aisé d’observer que les « voix publiques » auront constitué un
grand progrès dans la réorientation de la politique culturelle de la Région. Il y a là un
ensemble de propositions très satisfaisantes sur lesquelles nous nous appuyons.
Il reste que la plus brûlante des questions est que va faire l’État ?
Le Synavi a claqué la porte des entretiens de Valois car nous estimons qu’un discours
responsable doit s’accompagner d’actes significatifs, et ces actes ou ses signes forts d’un État
responsable nous estimons ne pas les avoir eu. Le combat continue, le contraire serait
étonnant : accordons-nous des raisons d’espérer si ces raisons convoquent nos énergies
Laurent Frattale, Romuald Duval, Jean-Pierre Dupuy. 8 septembre 2008
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