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Enregistrer au format PDF BN : Propositions du Synavi concernant les « voix publiques » du Conseil Régional, septembre 2008

Mis en ligne le 26 mai 2010
par BN - Romuald DUVAL (DR)

Propositions du Syndicat National des Arts Vivants de Basse-Normandie concernant les « voix publiques » du Conseil Régional.

Rappel

Le mardi 10 juin dernier, à l’initiative du conseil régional s’est tenu une réunion ayant pour objet les premières dispositions concernant les « voix publiques » à mettre en oeuvre dans les mois à venir. Étaient présentes les principales organisations patronales du secteur des arts vivants. (Syndeac et Synavi).
D’emblée, Monsieur Rémy Sueur, Directeur Général Adjoint des Services du Conseil Régional dissipait tout équivoque quant au respect par la Région des engagements pris à l’occasion des « voix publiques » et à sa volonté de poursuivre le processus engagé. Il invitait les organisations à faire connaître, dans un bref délai, leur positionnement respectif par rapport aux premières mesures projetées : les relais culturels, les contrats d’objectifs et le site internet interactif.
Pour ce qui concerne le Synavi, rappelons que notre organisation a apporté un soutien de tous les instants à l’opération « voix publiques ». Ce soutien ne fut pas accordé sans conditions. Pour ne pas nous contenter de vagues promesses, nous avions sollicité et obtenu que premièrement, les mesures s’organisent dans un ensemble cohérent et fassent l’objet d’évaluations financières précises, que deuxièmement, elles fassent impérativement l’objet d’un échéancier. Pourquoi cet impératif ? En effet le temps nous est compté ; chacun sait que les conseils régionaux seront renouvelés en 2010, par conséquent si une politique nouvelle peut être impulsée ; elle ne peut l’être que dans un bref délai.
Rappelons que les « voix publiques », ce fut entre octobre et décembre 2007, la concertation en 4 journées de quelques 300 acteurs culturels de la Région. Au terme de cette consultation à bien des égards exemplaires, le Conseil Régional a pu proposer un catalogue d’une dizaine de mesures donnant un nouveau contour à la politique culturelle de la Région :
1.Création de Relais Culturels Régionaux
2. Caen capitale culturelle régionale.
3. Une aide spécifique à la diffusion de la création régionale dans tous les domaines artistiques.
4. Un site internet interactif
5. Des événements spéciaux mettant en valeur l’offre culturelle régionale.
6. Développement de contrats d’objectifs et de moyens partagés.
7. Aide à la professionnalisation du secteur artistique et culturel.
8. Le 1% Haute Qualité Culturelle (HQC)
9. Une meilleure intégration de l’art et de la culture dans les lycées et CFA.
10. Une réflexion sur l’organisation des festivals sur le territoire.

En termes d’échéance, dès cette rentrée nous devions voir la mise en ligne d’un site internet, l’ouverture de deux relais culturels régionaux par département, la signature des premiers « contrats d’objectifs partagés » et dès janvier l’élaboration d’un calendrier d’événements spéciaux.
La réunion du 10 juin dernier permettait donc de voir les principales organisations syndicales, à nouveau associées au processus (elles avaient été consulté à l’origine du processus. Le Synavi, pour sa part y souscrivant vivement. Nous sommes donc, à ce jour ( 6 septembre 2008) de faire le point sur l’état des travaux et confirmer notre vision propre des mesures proposées. À notre connaissance, il n’y a convergence de notre positionnement avec ce que nous pouvons connaître de la réflexion engagée par le Syndeac. Il est vrai que les entretiens de Valois conduits sous les auspices de Madame le Ministre de la Culture, ont eu comme bénéfices secondaires non négligeables de rapprocher étroitement les points de vue des organisations syndicales.
Un nouvel équilibre et une nouvelle orientation de la politique culturelle de la Région paraît possible, à condition que les capacités de réflexion et d’innovation (et les disponibilités financières) ne soient pas « confisquées » au seul profit d’une institution en crise permanente dont il paraît interdit d’interroger les causes.
Le paysage culturel a changé. Les compagnies indépendantes se sont développées sur tout le territoire et ce, dans toutes les disciplines. En cela réside la nouvelle donne, c’est en considération de cet élément nouveau que les politiques culturelles peuvent s’infléchir et les institutions s’y renouveler. Toutes les Régions ont su trouver une stratégie et les termes d’orientations nouvelles de leur politique culturelle. Avec ses « voix publiques », la Basse- Normandie a trouvé sa voie propre et les bases d’un renouveau.

1.Les relais culturels régionaux

Toutes premières mesures annoncées. Dès cet automne, devraient naître deux relais par département (6 au total) . À priori ces lieux relais offriraient un certains nombres de prestations : résidences (trois par an) accompagnement, monstration, lien avec les institutions..Etc.
De tels relais ne sont possibles qu’avec un effort financier conséquent. _ Le synavi en avait approuvé le principe. S’agissait-il d’une strate d’institutions nouvelles ? Syndeac comme Synavi n’envisageaient pas la création des relais sous un tel angle. Pour être plus précis, le Syndeac, par la voix de son Vice président national, a rappelé que c’est, sous l’angle des missions que les lieux-relais pouvaient retenir l’attention.
De son côté, le synavi souhaite leur création dans les mêmes termes : mission avec incitation à l’innovation, l’expérimentation et la souplesse. Que toutes les disciplines artistiques soient concernées.
Il existe donc, à notre avis, un large consensus des organisations professionnelles pour définir une base de travail et cadrer l’appel à candidature.
Plutôt qu’un moule et un formatage uniques, nous pensons que chaque relais doit pouvoir travailler sur un protocole spécifique et expérimental et sur une durée initiale de trois ans.
Pour éviter la surcharge d’une strate supplémentaire, les nouveaux lieux peuvent s’appuyer sur des équipes artistiques existantes ou des équipements en voie de création.
Il importe que les lieux relais renforcent la capacité de diffusion et de création. Leur cahier de charges implique donc une capacité réelle d’accueil.
Le lieu-relais implique que les institutions s’y investissent, et par conséquent qu’elles trouvent une opportunité de développement à travers leur existence. C’est bien, à ses dernières de configurer au cas par cas, les termes de leur collaboration.
Au final, il s’agit bien, comme nous l’avons souligné d’expérimenter un protocole. Laisser au processus de création, le dernier mot. Innover et inventer. Ne pas brûler les étapes. Se satisfaire d’une préfiguration qui tiendrait lieu de période d’essai.
Avec les relais, la Région est à l’initiative. Serait-elle, de ce fait, seule à supporter le coût de l’opération ? Cela ne paraît ni crédible ni souhaitable et par conséquent tant le financement que le cahier de charges doivent faire consensus entre différentes tutelles. Créer un organisme régional permanent de concertation pour rationaliser les interventions de la puissance publique, tout le monde en est d’accord. Les syndicats en ont pris l’initiative avec le Comité Régional du Spectacle Vivants et il ressort des entretiens de Valois que « Créer au niveau régional une structure de concertation qui harmonisera les politiques culturelles de chaque collectivité publique ». serait l’une des priorités affichées par le ministère de la Culture.

2. Contrats d’Objectifs partagés

Il paraît difficile d’imaginer des équipes prenant en charge des lieux relais sans qu’elles soient assurées pour elle-même d’une certaine existence à moyen termes.
Si le contrat d’objectifs peut valider une mise en perspective et configurer pour certain ce que peut être un cahier de charges par rapport à la prise en compte des obligations d’un lieurelais  ; il n’en reste pas moins vrai que fondamentalement les Contrats d’Objectifs sont là pour valider une action contractuelle entre un artiste et la région quand la nature de l’action proposée excède en durée un ou deux ans, quand avec la création, s’engage d’autres processus complémentaires de la création sur un territoire donné ( sensibilisation, formation, économie solidaire…etc)
Il y a aussi à considérer la continuité et la pertinence d’une démarche et d’un processus dans la création des oeuvres. En réalité, le dispositif actuel d’aide à la création est devenu obsolète et ne correspond, sauf pour un débutant , à aucune réalité sérieuse de la pratique artistique professionnelle.

De ce point de vue les contrats d’objectifs de la Région peuvent constituer un progrès considérable dans la prise en compte des réalités et du développement du secteur des compagnies indépendantes.
Il s’agit donc d’organiser une meilleure cohérence et une meilleure lecture de la loi de l’offre et la demande sur le terrain avec le but de rapprocher les citoyens des oeuvres.
La dimension modeste de la structure ne fait pas obstacle au traitement et à l’inscription de son action, en termes de service public. Le contrat d’objectif partagé explicite la volonté ide certaines compagnies d’agir sur le terrain dans un esprit de service public de proximité.
Enfin, nous sortirions d’une gestion « sauvage » et empirique du secteur indépendant.
Les contrats d’objectifs peuvent donc consolider le travail des compagnies et permettre une meilleure professionnalisation, avec notamment assez de garantie (continuité d’un subventionnement qui n’est plus dans l’aléas d’une création, reconnaissance d’une certaine permanence artistique et culturelle et donc de l’utilité de budget de fonctionnement plus pérenne.
Doit-on pour autant s’inquiéter de rente de situation qui bloquerait à long terme le processus ?
Comment garder en même temps que les contrats d’objectifs une souplesse indispensable ?
Là encore ( comme pour les lieux relais) rien n’interdit que ces « contrats » soient soumis à l’épreuve de la réalité sur un lapse de temps déterminé. ( qui se mesure là, nous semble-t-il sur sept , huit ans) avec des rappels réguliers à évaluation et ré-évaluation des objectifs . Ces rappels ayant de ce fait une vertu précise : celle de bien notifier le protocole de recherche ou d’expérimentation et l’assujettissement de l’ensemble du processus à la création. Nous serions-là dans une dimension de travail par trop négligée dans les dispositifs actuels où l’on s’inquiète beaucoup d’évaluer les propositions et beaucoup moins dévaluer les résultats. Il y a là, une « mutation » à opérer, pour que la notion même de recherche soit bien identifiée et encouragée. Nous affirmons par là, que le contrat d’objectifs est bien plus qu’un contrat de maintenance : faire et refaire telle ou telle chose. Si le contrat inscrit l’acte créatif comme objectif premier, il est porteur d’un aléas à partir de quoi , la rente de situation n’a pas lieu d’être.
Le contrat d’objectif devrait pouvoir être triennal à minima , reconductible mais révisable, à l’instar des Compagnies conventionnées dans le dispositif d’État. Par conséquent le contrat d’objectif dès le départ devrait être plus où moins long selon justement les objectifs poursuivis et la nature profonde de la démarche.
Enfin, il nous semble que les objectifs partagés n’ont pas à l’être seulement dans une portée sociale du projet. Il faut espérer que des compagnies obtiendront quitus par ce même contrat d’une volonté de recherche artistique originale, dégagée de tout autre préoccupation. Une sorte de droit à la recherche, par là vivement affirmé et reconnu. C’est un aspect essentiel du futur contrat d’objectif partagé : l’art doit s’y trouver reconnu dans sa spécificité et sa raison d’être.

3.Le site internet interactif régional

Il semble que ce dernier objectif soit remis en question, ce que pour notre part, nous regrettons très vivement. En effet il s’agit, à nos yeux, d’un outil démocratique de communication qui aurait pu permettre aux 300 participants des « voix publiques » de rester en prise sur une politique qu’ils ont contribué à élaborer. C’est même l’originalité, l’audace, le caractère « politiquement » innovant des « voix publiques » que le site eut mis en évidence. Son abandon ne peut être vécu par les participants que comme une régression. D’autant que l’outil internet se généralise et se veut d’accès facile. Arguer de son abandon par ce qui serait un coût prohibitif n’a convaincu personne et entretient un doute sur les causes réelles de cet abandon. C’est donc bien de l’existence d un outil de démocratie et de transparence dont le synavi s’inquiète et s’inquiétera.
À l’évidence un tel outil eût valorisé la communication de la Région et eût permis aux professionnels de rester en inter-face ! Et de battre en brèche cet isolement dont ils se sont plaints, tout le long des journées de consultation. Retour à la case départ. Le renoncement au site ressemble à un pas de clerc. C’était, autre évidence le dispositif le plus « politique », entendons à l’impact « politique« le plus fort !
Juste après le 1% de Haute Qualité Culturelle qui paraît promis à un bel avenir devant …..le parlement.

4.Et les autres mesures ?

Nous ne manifestons pas d’impatience, mais il est vrai que depuis Mars dernier le contexte a quelque peu changé entre la Région et sa Capitale. En conséquence le point 2 des « voix publiques » Caen Capital Régional devait, nous semble-t-il, se trouver rapidement débloqué. De fait, le 27 août dernier Philippe Duron , Maire de Caen et Laurent Beauvais nouveau Président de Région sont parvenus à un accord dont on retiendra quelques termes de leur communiqué final :
Laurent Beauvais et Philippe Duron ont convenu d’élaborer un partenariat d’ensemble en faveur de la culture à Caen et dans son agglomération au travers des nombreuses problématiques communes aux collectivités qu’ils président : BMVR (Bibliothèque médiathèque à vocation régionale), Pôle d’Art Contemporain, ERBA (Ecole régionale des Beaux Arts), Théâtre de Caen et la Comédie de Caen… L’avenir de ces institutions doit être envisagé avec une vision d’ensemble et d’envergure régionale, à même d’assurer un rayonnement pour toute la Basse-Normandie. Pour ce faire, une mission de réflexion sera prochainement confiée à une personnalité indépendante qui sera chargée de proposer un diagnostic et des axes stratégiques qui serviront de base à une réflexion plus large avec l’ensemble du monde de la culture.

La nomination d’une personnalité indépendante, comme la promesse de voir l’ensemble du monde de la culture associé à la réflexion, sont pour nous des signes de bon augure et le Synavi accueillera avec résolution l’invitation qui peut lui être faîte de participer au travail.
On ne saurait conclure sur ce tour d’horizon de rentrée concernant la politique culturelle du Conseil Régional, sans évoquer l’ombre au tableau ; car malheureusement ombre, il y a.
Elle concerne le point 3 des priorités régionales : Aide spécifique à la diffusion de la création régionale dans toutes les disciplines.
Là, le compte n’y est pas ! Trois compagnies de théâtre de la Région et non des moindres : l’Elan Bleu de Cherbourg, Bleu 202 d’Alençon, Actea de Caen ont pu défendre les couleurs de la Basse-Normandie au festival d’Avignon sans que le Conseil Régional ne trouve opportun de les aider ! Nous sommes donc très loin de la priorité affichée dans les « voix publiques ». Il y a, c’est le moins qu’on puisse dire un problème ! Fausse note dommageable, parce que sur d’autres fronts, les dossiers avancent. En particulier, la septième mesure des voix publiques : Aide à la professionnalisation du secteur artistique et culturel ( point 7)
Le Synavi réclame la création d’un Centre Régional de Formation (Centre Régional des Arts Vivants), qui lui paraît à la mesure du problème. La Région propose une charte « emploi-formation » et le chantier est ouvert. Ainsi, une perspective sérieuse de prise de conscience de ce qu’est la professionnalisation dans le secteur des arts peut voir le jour. On ne peut qu’être satisfait de constater qu’au niveau du ministère aussi la professionnalisation s’affirme comme une priorité mise à jour par les entretiens de Valois.
Depuis sa création, le Synavi n’a cessé d’appeler l’attention des services publics sur les questions de formation. Cela reste et restera la meilleure réponse possible à la crise de croissance que connaît le secteur et c’est pourquoi le Synavi n’aura de cesse qu’on étudie enfin sa proposition de Centre Régional.

Au moment de conclure, il est aisé d’observer que les « voix publiques » auront constitué un grand progrès dans la réorientation de la politique culturelle de la Région. Il y a là un ensemble de propositions très satisfaisantes sur lesquelles nous nous appuyons.
Il reste que la plus brûlante des questions est que va faire l’État ?
Le Synavi a claqué la porte des entretiens de Valois car nous estimons qu’un discours responsable doit s’accompagner d’actes significatifs, et ces actes ou ses signes forts d’un État responsable nous estimons ne pas les avoir eu. Le combat continue, le contraire serait étonnant : accordons-nous des raisons d’espérer si ces raisons convoquent nos énergies

Laurent Frattale, Romuald Duval, Jean-Pierre Dupuy. 8 septembre 2008




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